Voila les dernières news...
"Bonjour tt le monde.
J'ai Internet à Imagine aujourd'hui et j'espère les autres jours aussi. J'envois vite les nouvelles pr etre sur.
Gros merci pour les mail et SMS, je vous envoisn rapidement mon adresse..
Bisouuuuuuus
jeudi 9 octobre 2008
Ca fait longtemps que je n’ai plus écrit à l’ordinateur, simplement parce que j’ai recommencé l’école et purée…c’est crevant.
Je me lève vers 05h40, je déjeune, Mirta nous prépare notre « boîte » (boite à tartine), des pâtes, du pain avec des œufs, etc. Vers 06H30, je pars vers l’école, j’y arrive en plus ou moins dix minutes. Elle commence à 07h00 jusque 13h00 avec une pause de 25 minutes à 10h00. Ensuite je rentre chez moi vers 13h30, je mange, je me relaxe et je repars à 15h30 pour des activités de français avec mes élèves de 16h à 17h. Je rentre enfin vers 17h30.
J’ai 10 élèves, 5 en 4ème et 5 en 5ème. Ils s’appellent Gamarck, Jean-Michel, Nathalie, Naphtalie, Jennifer en 4ème et Valentine, Sem, Jephta, Benjamin et Haramie en 5ème.
En semaine, j’ai également 6 heures de français et grandeurs avec les 3ème : Yveline, Dina, Roberto, Isaarach, Brihanna et Aïmée. Comme ça, vous avez une idée des prénoms qu’on peut rencontrer en Haïti. En notant qu’il y a aussi des Don Shakespeare, Lovedaddie, Roseland et Roseferland (des jumelles), Lovely, Lytaski, Lykensi,etc.
Mes élèves sont très chouettes, débordant d’énergie. Je me plais bien avec eux même si c’est un sérieux challenge car subsiste une sacré barrière (ou plutôt difficulté, embuche) : la langue. Ils comprennent très bien le français mais pour le parler, c’est autre chose. Ils sont gênés et manquent d’assurance mais bon, je suis la pour améliorer tout ça et ça viendra avec le temps.
Il m’appelle maître Bruno (en créole le « r » n’est pas très présent et ça donne plutôt « maît’Bruno »), c’est comique.
Un gros soucis aussi, c’est le local. C’est une grande salle à la base dans laquelle on a bâti 3 murs pour faire 3 classes mais le problème, c’est qu’ils ne montent pas jusqu’au plafond. Imaginez votre maison avec un toit pointu (pas plat quoi), un rez-de-chaussée de 3 pièces alignées et les murs qui s’arrête juste avant que le que le toit devienne pentu. De plus avec des portes sans portes (juste des ouvertures donc), les murs cachent juste la vue mais aucune le bruit des autres classes. Ma classe et celle des 3èmes sont aux extrémités et la classe des premières, celle de ces chers bambins sortis tout récemment du préscolaire, est au milieu.
Quelle frustration lorsque mes élèves travaillent silencieusement mais qu’ils entendent toujours un brouhaha continuel résonné contres les parois, c’est assez démoralisant. J’ai discuté du problème et on va essayer de trouver une solution mais nous sommes à Haïti, ça ne se fera pas du jour au lendemain.
En tout cas, ça me fait vraiment plaisir de travailler, quel boulot de fou de guerre ! Vous n’imaginez pas l’énergie dépensée !
…20H36
Un gars prénommé Romuald est venu jouer de la guitare. Franchement, c’est un des seuls « jeunes » « biens » que j’ai rencontré. Il est cool, joue bien de la guitare, on discute tranquille. J’l’ai invité demain soir, on pourrait chanter du Bob Marley et boire un verre de rhum ! J’me dis « cool ça va être mon pote si ça se trouve. Puis, voilà qu’il me fait « je pars samedi à Port-au-Prince pour étudier la guitare ». Ben voilà… va falloir trouver quelqu’un d’autre.
Samedi 11 oct. 08 - 09h16
Hier, j’ai passé la soirée avec Romuald et un de ses amis. Romuald est comme je le pensais quelqu’un de très chouette. Son copain Flitsen est gentil aussi mais fait partie de la catégorie des gens d’ici, moins cultivé et très religieux.
Je croise deux genres de personnes. Celles qui, à chaque rencontre, me parlent de leur dieu, finissent toujours par essayer de me convaincre de la validité de leur propos et vérités bibliques. Devant la pauvreté de leur vie et les problèmes qu’ils rencontrent, devant la perte d’un être cher, Dieu veille sur eux ce qui leur est très réconfortant.
On ne peut pas saisir la puissance, l’influence qu’exerce une religion, pratiquée comme ici, en Belgique où la religion est de moins en moins présente. Plus de 80% (et c’est franchement pour être sûr de ne pas me tromper car je parierais sur 95%) des habitants de Corail vont à la messe au moins une fois par semaine et sont convaincus que Dieu à créé le monde en 7 jours et que les hommes descendent tous d’Adam créé à partir de boue et du souffle divin.
Les autres personnes sont des personnes plus cultivées. Elles n’abordent jamais la question de la religion avec moi sauf pour lancer un débat qui concerne la religion en général et ce, sans avancer de croyances personnelles. Malheureusement ces personnes n’habitent que très rarement Corail. Instruites, elles préfèrent travailler ou aller étudier à Port-au-Prince, en République Dominicaine, aux Etats-Unis ou même en Europe, privant malheureusement Corail de leurs connaissances et l’empêchant de relever la tête.
…18h10
Quelle monde de fous ! Tout d’abord, quelques informations nécessaires avant le petite histoire. Le Vénézuela et Cuba ont envoyé de la nourriture par bateau en Haiti pour l’aide aux sinistrés (personnes défavorisées). Cependant arrivés à port au Prince, les marchandises ne trouvèrent pas de moyen d’être envoyé dans divers endroits du pays car les marins et pêcheurs refusaient de prêter leurs embarcations car pas assez rémunérés selon leurs dires (également d’autres raisons floues dues à la super organisation Haïtienne). Rolph possédant un bateau, il proposa de l’envoyer à Port-au-Prince pour amener de la nourriture sur Corail, Pestel, Jérémie et les îles Caïmites. Après un coup de fil d’une connaissance (1) à l’ambassadeur vénézuélien, le voilà embarquer au propre comme au figuré dans la livraison de cette marchandise.
Le bateau de Rolph est arrivé le matin, déchargement surveillé par la police de Corail. On a stocké toute la marchandise pour le village dans la cour d’Imagine, qui ne fait qu’une avec la nôtre. Des dizaines de sac de riz, de pois, de lentille, de sucre de lait en poudre, des caisses d’huile, de boîtes de conserves diverses, etc arrivent. Plusieurs tonnes de nourriture arrivée comme ça dans la cours en camion et à dos d’hommes, c’est impressionnant. La nourriture doit être divisée en secteur, 8 secteurs sur Corail. Un comité a été formé il y a une semaine. 1 chef par secteur s’occupant de la distribution dans sa zone recrute 4 personnes de confiance. 40 personnes forment donc un comité dirigé par des docteurs et infirmiers Cubains venus de toute la Grand’Anse transformés pour l’occasion en responsables de la distribution de la nourriture par le Venezuela. L’opération doit se faire avec le plus d’ordre possibles, le cargaison est redirigée dans des dépôts improvisés. Un dépôt par secteur ; la distribution doit se faire le lendemain à la même heure dans chaque secteur pour éviter les attroupements.
Pendant la nuit le dépôt du secteur du quartier le plus défavorisé de la ville se fera pillé.
Le lendemain, la distribution se fera sans incident majeur.
Lundi 13 octobre 19h50
Quelle dimanche ! Tout d’abord, samedi malade, caca tout mou toute la journée, rien de grave mais obligé de ne pas trop s’éloigner des toilettes, assez gênant mais bon, tant pis.
Le dimanche matin, Geneviève nous propose de prendre le gros bateau de Rolph qui part pour amener le reste de la livraison à Pestel et aux îles Caïmites.
A midi et demi, nous voilà parti en mer avec des Cubains, des Haïtiens, Geneviève, les enfants, Rolph, Anne et moi. Une traversée de la mer d’Haïti en bateau, ça n’a rien de déplaisant.
Nous devons d’abord livrer sur Pestel mais en voyant un orage en plein dessus de loin, nous bifurquons sur les Caïmites d’abord. Le tirant d’eau du bateau est trop bas pour le port de Pestel, une chaloupe est censée faire la liaison entre notre embarcation et le port. Mais voilà, le responsable de la distribution sur l’île nous informe qu’un déporté (2) sème la pagaille et menace d’agresser quiconque s’approchera du bateau qu’il veut évidemment piller. Les Caïmites ne disposant évidemment pas de police, nous rebroussons chemin direction Pestel pour y débarquer la marchandise et y chercher des policiers que nous pourrons ramener sur l’îles pour y faire régner l’ordre. Mais il se fait tard ! Pas question de retourner sur l’île pour un déchargement de nourriture car la nuit est tombée et pas question de retourner à Corail, pas d’argent pour le carburant du bateau pour un aller retour supplémentaire. Nous devons donc dormir à Pestel, une chaloupe viendra nous chercher à 5h00 le lendemain pour être à l’heure à l’école. Nous dormons dans un chouette endroit, très agréable.
Je me réveille le lendemain (aujourd’hui matin donc), je regarde l’heure, 05h50… Ah ben il y a du avoir un soucis, je ne m’étonne même pas de trouver ça normal. J La chaloupe n’est pas venue, on fait venir le petit bateau de Rolph. Nous embarquons à 06h30 pour aller à l’école. Un trajet d’un heure en barque dans les Caraïbes pour aller à l’école c’est terrible ! Nous arrivons à 07h30 à Corail, j’arrive à l’école à une heure après le temps de préparatifs rapides. Haïti chérie ! (3)
Mercredi 15 octobre 20h45
J’attends 21h45 pour que l’Aquatab (c’est les pastilles qu’on utilise pour traiter notre eau) agisse et que je puisse boire de l’eau traitée parce que je crève de soif et on n’a plus d’eau traitée en réserve. Le petit rituel, c’est :
1) Remplir le bidon de 5 galons d’eau de la citerne. Au début je le portais à bout de bras sous la douche ou sous le robinet mais 15 kg tenu par une main mouillée c’est pas évident. Maintenant j’ai trouvé un système de support grâce à une chaise cassée.
2) Mettre 5 pilules d’Aquatab dans le bidon ( 1 pastille par galon).
3) Laisser reposer minimum 30 minutes et agiter après 5 (facultatif).
4) Replacer le bidon sur le distributeur d’eau qui n’est plus dans notre maison mais au rez-de-chaussée d’Imagine. (C’est en général mais ce soir je verserai direct dans un verre).
5) Remplir les gourdes et les bouteilles une par une et voilà.
Sinon les journées se passent bien même si c’est très fatigant. Maintenant, on va à l’école à dés 15h l’aprem ce qui nous fait des journées de travail de 9h…
(1) Je finis de taper le texte sans changer de date pour rester dans la continuité mais nous sommes lundi 13 octobre, il est 14h30.
(2) Un déporté c’est un prisonnier d’origine Haïtienne qui s’est fait emprisonner aux USA. Ces derniers voulant vider leurs prisons renvoient par avions les prisonniers en Haïti mais bien sûr, sans aucune coordination avec les forces de justice haïtienne. Arrivés à Port-au-Prince, les détenus sont libres d’aller où bon leur semblent. Beaucoup se réfugient dans les campagnes pour s’y cacher.
(3) « Haïti chérie » est une expression qui met en évidence et relativise la capacité qu’a chaque chose de ne pas se passer comme prévu. Cette expression est très appréciée des Belges selon les dires des Haïtiens.On se demande pourquoi…"